Dans les marécages de l’information, celle qui se tisse sauvagement sur la toile, il est important de garder la tête froide, d’avancer prudemment en maquisard pour s’assurer à chaque pas que le terrain n’est pas piégé. Les charlatans et prophètes du dimanche œuvrent à la solde du grand kaléidoscopage. Le fourmillement des acteurs et la publication spontanée des données nous obligent à raffiner sans cesse ces torrents qui nous éclaboussent. « Abre los ojos » est devenu notre pain quotidien.
« No pain no gain ! » aussi, parce qu’il faut se faire violence pour rompre l’os de 2001 et caresser sa substantifique moelle.
C’est d’ailleurs l’intitulé d’un des articles phares du dernier Chronic’Art, grande farce journalistique mais aussi démonstration d’esthète sur la désinformation véhiculée par certains médias. Tout ce qui est écrit dans ce numéro est faux. Dans cet opus, m’ont marqué: G.O.M.S.K ou l’extreme gaming dopé aux amphétes, SexChange l’après Facebook décadent aux éclairages Brave New World, l’impalpable et fantasmagorique Ludivine Cissé et pour finir, William Saxter qui prophétise l’uniformisation de la pensée par l’expansion des réseaux d’information.
Cyril Graeve explique son canular sur lepost.fr: « Le but n’est surtout pas de piéger les lecteurs, mais ce numéro est avant tout une expérimentation littéraire, et une réflexion sur Internet notamment, mettre en lumière le fait que l’on ne parvient plus à distinguer le faux du vrai ».
Dans I comme Icare, Verneuil nous montre des blouses blanches manipulant des quidams au cours d’expériences scientifiques. Appelons-les les biens pensants ! Revêtus de l’uniforme, ou planqués derrière l’édito d’un magazine de presse un peu hype, ils ont cette faculté étrange de pouvoir incarner l’autorité et distiller leur propagande en toute impunité. La dictature immuable des médecins de Molière.
Peut-être une nouvelle piste pour donner du sens à ce fake magazine, l’information marionnettiste au service du pouvoir ? Ce numéro de Chronic’Art est aussi une effroyable fable lynchéenne. Par son contenu, c’est toute une partie de la mythologie dystopique qui est connectée en fil d’Ariane à notre réalité dantesque, comme pour pointer du doigt l’émergence avant l’heure d’un monde apocalyptique.
Mais comment en sommes nous arrivés là ?
Sophistication humaine rime-t-elle avec distorsion du sens ?
A l’heure de l’explosion de la téléphonie mobile, de la montée en puissance du freetoplay, de l’apparition des consortiums virtuels, de l’invasion des réseaux sociaux et de l’arrivée de la robotique, Ursula Rucker clame son Digichant: «Are we gonna utilize it or become it ? »
Morpheus répondrait: «Take the red pill and I show you how deep the rabbit-hole goes ». C’est le mantra de l’homme qui refuse l’aliénation par l’outil, du cosmonaute en quête de vérité, du primitif qui lutte contre l’asservissement du monolithe noir.
Web independenza ! Tweenpix renaît de ses cendres. Marchant en éclaireur dans le brouillard de guerre, ce blog est là pour tenter de défricher l’information. Le web lobotomique n’a pas le droit de citer, l’horrible présage de Saxter encore moins. J’entends déjà Hal9000 chanter Daisy Bell au court du grand désamorçage.
Dessine-moi un billet ou comment apprivoiser le buzz à l’aide d’un mouton-stylo. Tweenpix est en guerre, so stay tuned !
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[...] du libre arbitre face à l’autorité. J’en parlais déjà à l’époque dans ce billet. Je me suis dit que cela serait sympa de la partager sur ce [...]