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history repeating

« Le futur des jeux-vidéo aura lieu sur internet, et peu de gens auront la chance de voir son avènement. Alors quel avenir est à prévoir pour le core et casual gaming ?
L’explosion d’un nouveau marché sur le web ! »

C’était la conclusion de Ben Cousins lors de sa keynote à la dernière GDC, keynote qui restera longtemps dans les annales pour sa brillante démonstration sur l’éclosion d’un âge d’or du jeu-vidéo.

Vous vous demandez maintenant par quel cheminement le producteur exécutif de Battlefield est arrivé à cette étincelante conclusion ?
Je vous propose de me faire l’écho de son cheminement.

Ben Cousins a tout du personnage atypique par excellence, tenue et style décontracté, ancien membre d’un groupe de rock, modestie jusqu’au bout des ongles et hardcore-gamer dans l’âme. Après un passage remarqué comme directeur de création dans l’équipe du Playstation Home, il est débauché par Electronic Arts qui lui confie la lourde tâche de s’occuper de DICE et de sa licence Battlefield.

Intitulé de sa keynote: « Scenes from the Battlefield: The Present and Future of Core and Casual »
Ben occupe la scène et fait rire en commençant par démystifier son parcours professionnel. Jolie entrée en matière quand je mesure maintenant avec un peu de recul ce qui nous attendait ! On apprend qu’après un petit tour en Corée du sud, il choisit d’opter pour le modèle économique le plus prometteur du moment, celui dont tout le monde parle à la GDC, j’ai nommé le Free to play.
La mission de DICE devient dès lors incontournable, il leur faut produire pour le marché occidental un jeu de shoot dans la plus grande tradition coréenne, en copiant leur modèle économique.
Battlefield Heroes est né !
Je vous conseille d’aller mater le trailer. Il est bourré d’humour et communique avec une certaine dextérité la croisade entamée par EA et leur « Play 4 Free ».

Ben nous fait alors l’apologie du F2P et du casual gaming pendant plus d’une demie-heure en mettant en exergue les avantages de ce marché florissant.
Mais quels sont donc les fondements de ce modèle économique qui fait rage en Asie ?
Ben explique: « Notre modèle économique est basé sur la vente d’items par micro-transactions, mais pas seulement, nous misons aussi sur le fait que les joueurs passeront plus de temps sur notre site que dans le jeu, et du coup basons une partie de nos revenus sur la publicité à la manière des sites communautaires et des réseaux sociaux. »

On a le droit alors à un petit comparatif sur l’ARPU de ces deux marchés. Certes le F2P a un ARPU entre 3 et 6$, mais le nerf de la guerre n’est-il pas la densité des consommateurs potentiels jugulée aux coûts de développement réduits ? La foule acquiesce en silence et chiffres à l’appui.

Mais qui sont ces nouveaux joueurs ?
Ben répond sur un ton narquois qui appelle au bon sens: « Pas besoin d’étude marketing affûtée ou d’enquête sociologique poussée. On les appelle les « restricted« . Ce sont tout simplement, des personnes qui veulent jouer, mais qui n’ont ni le temps, ni le budget adéquat et qui n’entendent pas se faire humilier en public par le premier boutonneux de passage qui passe ses jours et ses nuits dans le jeu. »

« Alors, on va tous jouer à des petits jeux merdiques sur le web ? Mais c’est quoi ce bordel ? » poursuit Ben Cousins avec humour. On comprend dès lors qu’il ne s’agit pas de susbstituer un marché à un autre mais plutôt d’identifier un changement de comportement de l’audience et lui offrir des produits calibrés en retour.

Mais quelle est l’ampleur à prévoir concernant l’émergence de ce nouveau marché, et quelles sont les différences à appréhender pour s’adapter ?
Ben Cousins dresse alors un parallèle des plus rationnels entre le jeu-vidéo standard sur PC et le jeu casual sur internet. Et c’est là où cela commence à devenir franchement intéressant ! J’en ai encore des frissons dans le dos, à moins que cela soit l’effet torride insufflé par la nymphe mordorée qui vient de passer à l’instant devant mon bureau.
Je vous l’ai remis en forme ci-dessous, le parallèle bien sûr, pour que vous puissiez jouir à votre tour (la connotation est de circonstance, enfin je trouve…) de cette savante démonstration:

Vient ensuite ce que j’appelle la grande pirouette aux saveurs prophétiques, celle qui laisse tour à tour la salle pantoise, puis ébahie à la réception.
Ben harangue la foule: « Et si on remplaçait respectivement core gaming et casual gaming par cinéma et télévision… »
« Mais merde ! » me dis-je les yeux rivés sur l’écran. « Le parallèle fonctionne encore ! ». Et là c’est la stupeur, j’aperçois une armada de cerveaux faire le grand écart sous l’oeil malicieux du responsable de DICE.

Ben surenchérit aussitôt: « Entre 1930 et 1940, le cinéma était la technologie prédominante pour l’image dite filmée (cf: motion picture) et sa position semblait totalement imprenable. La télévision était à l’époque en basse résolution et fonctionnait avec des budgets dérisoires. Il lui a fallu près de 30 ans pour prendre son envol. Elle est devenue populaire parce qu’elle s’adressait au grand public et qu’elle était plus accessible financièrement. En retour, le cinéma en a souffert, beaucoup de salles ont fermé, mais au final, ce phénomène n’a pas empêché le cinéma et la télévision de cohabiter. La télévision n’a pas anéanti le cinéma, elle s’est par contre approprié une très grosse part de son audience et donc de son marché. »

Ben poursuit son exercice rhétorique. Il conclut habilement par le parallèle que tout le monde attend de pied ferme, c’est presque de la maïeutique à ce niveau là, celui avec les jeux-vidéo: « Je pense que nous sommes déjà dans les années 40, et que beaucoup de gens sous-estiment cet état de fait. L’industrie du jeu vidéo boude bien trop encore les technologies web. Pourtant elles sont déjà là et deviendront à terme grand public dans cette industrie pour les mêmes raisons que la télévision. »

Nietzsche acquiescerait en brandissant à la rescousse le mythe de l’éternel retour…
Puis vient l’orgasme ! Ben nous offre son bouquet final: « Les jeux sur PC ne courent pas à leur perte et leur distribution en ligne ne sera pas le modèle économique de demain. Les pratiques ont juste changé. Les gens veulent jouer sur le web. Des sites come Pogo, Habbo ou Club Penguin réunissent déjà des millions d’utilisateurs. La plateforme unique de demain ne sera ni hardware ni middleware, mais software. Elle existe déjà. C’est votre navigateur internet. »

Me voilà maintenant sur le parvis de la défense, en introspection, la tête dans les nuages, bercé par l’afro-beat de David Neerman et Lansine Kouyaté.

Je me remémore le début des radios pirates, puis l’arrivée des radios libres suivie par la professionnalisation de certaines en quête de monopole. Mais quel était donc leur étendard ?
Plus d’audience pour vendre plus d’espaces publicitaires, à l’image de la télévision, du web d’aujourd’hui et sûrement des jeux-vidéo de demain !
La pop culture serait-elle régie par l’économie, industrialisation oblige, et le progrès se resumerait-il à une sophistication cyclique du déjà vu ?

Alors me reviennent en tête les paroles d’un track de PropellerHeads:
The word is about, there’s something evolving
Whatever may come, the world keeps revolving
They say the next big thing is here
That the revolution’s near
But to me it seems quite clear
That it’s all just a little bit of history repeating
History repeating – Shirley Bassey

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Discussion

One comment for “history repeating”

  1. Certes, notre cerveau fait le grand écart devant la pirouette de Ben Cousins. Et ta narration fluide emmène le lecteur aux premières loges, coupe de champagne à la main : bon sang, je viens de lire l’avenir du jeu vidéo dans une boule de cristal ! Mais parfois, la forme et les gymnastiques intellectuelles sont seulement spectaculaires.
    Je m’explique : le double tableau magique de Ben est imparable à première vue car il reprend tous les points qui fonctionnent. Et j’aurais bien aimé que tu ailles le chatouiller un peu – toi qui connais bien le jeu vidéo sur le web – au milieu de son double saut carpé écarté.
    Et s’il existait un tableau des 7 différences, même minimes, de celles qui font échouer les prophéties ? Est-ce que Ben retomberait sur ses pieds ?

    Posted by kartooNo Gravatar | juillet 21, 2008, 16:10

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